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... et le Verbe devint Trait.

Sylvain Sorgato dessine des aphorismes, des pensées, des réflexions. Il le fait les yeux fermés pour ne pas illustrer mais dessiner. Il aime cette part de hasard qui se glisse entre sa volonté et le résultat final. Elle garantit une image « pure » autant qu’épurée, puisque préservée des corrections que l’esthétisme imposerait. L’artiste « voit ce que le monde veut dire » et il le dessine.


l'exposition c'est la somme des points de vue sur l'exposition.

Sylvain Sorgato est un artiste atypique. Formé à la Villa Arson à Nice et pourtant un brin révolté contre les voies que prend parfois l’art, il ponctue sa réflexion de dessins. Artiste et régisseur pour l’art contemporain, il baigne dans ce milieu de création et remarque une effervescence décroissante, voire une totale vacance de la place de l’artiste. A place vacante, candidats en nombre. Et Sylvain Sorgato constate sans amertume mais avec regret que chacun s’y engouffre souvent sans talent, substituant à l’oeuvre d’art une image flatteuse sans fond, sans ancrage dans l’histoire de l’art, sans questionnement et, de fait, sans potentialité d’émotion esthétique. À force d’images, on commence à perdre le goût pour l’image et sa culture. On se laisse fasciner par les paillettes de la facilité. Sylvain Sorgato a choisi de s’éloigner de cette course à la démonstration pour suivre une voie très anticonformiste.


l'horizon pour un artiste c'est le marché.

À coups de crayon dans la vie.

Aujourd’hui, il se promène partout avec son carnet Moleskine au format de sa poche et ses deux feutres : un rouge et un noir. Il se fond dans la foule des transports en commun, des restaurants, des concerts. Aucune tranquillité n’est requise. Au contraire, l’ambiance générale, les voix, les conversations, les bruits, tout cela inspire le dessinateur. Dès qu’il a quelque chose à dire, il ferme les yeux et dessine. « Dessiner, dit-il, c’est surtout dessiner : ça n’est ni peindre ni sculpter, et bien malheureux serait le dessin qui se prendrait pour une photographie. Comme les autres disciplines, le dessin crée ses propres zones d’incertitude, sa propre sensibilité, sa capacité à interpréter et transformer le réel. Dessiner c’est cette vieille histoire de décrire, de désigner, cette visée à se faire rapidement comprendre par autrui. Un shéma, un croquis, une ébauche, quoi que ce soit qui me permette de maximiser un message poétique, d’être à la fois précis et vague, d’affirmer et d’ouvrir. » Le message poétique présent dans les dessins de Sylvain Sorgato est aussi affirmé par du texte. L’artiste ne se contente pas tout à fait d’un trait de crayon. Il complète son dessin d’un trait d’humour griffonné dans une écriture un peu rapide, en anglais, comme un sous-titre. Un « anglais de singe », comme il dit, « l’ASI », l’anglais de singe international, tant qu’à faire ... Une sorte d’espéranto bien à lui « vient poétiser ou perturber l’affaire » tout en laissant l’oeuvre ouverte. Ouverte à l’interprétation, à l’extrapolation, aux sarcasmes, à la critique comme à l’éloge.


calmer les gosses, calmer le boss.

Du comment au pourquoi.

Sylvain Sorgato à rencontré cette idée un peu par hasard, en 1990, au cours d’un dîner. Il l’a faite sienne parce qu’elle répond parfaitement à ses attentes. À chacun sa technique d’expression artistique. Celle-ci est tout de même étrange. Lorsque l’on fait appel au visuel et que l’on réalise une image les yeux fermés, on entre de plein-pied dans la contradiction. Et pourtant. L’artiste a les dimensions de son carnet en tête et un vrai coup de crayon. Il peut se permettre de réaliser ce dessin les yeux fermés afin qu’il soit « suffisamment intègre pour prétendre à une autonomie qui en interdirait le jugement ». Seule l’idée guide la main; les yeux, critiques par essence, sont interdits de correction. « C’est toujours un dessin juste » ajoute t-il. Puis il précise que cela ne relève pas de l’écriture ou du dessin automatiques des surréalistes - qui tentaient de laisser l’inconscient s’exprimer - mais d’une technique ou d’un outil plus proche de l’expérience de Matisse.

Sorgato ouvre les yeux sur son dessin « intègre ». Il le dote alors d’un sous-titre, en ASI. Le texte donne une indication sur la voie à suivre pour interpréter le dessin. Mais s’il le confirme, l’accentue, le reflète ou le complète, il n’intervient pas comme une réponse. Et l’auteur aime montrer que les deux facettes qu’il nous montre ne suffisent pas à décrire une émotion, un objet ou un état d’âme. Elles nous orientent et nous poussent à réfléchir, approfondir et trouver notre vérité.


va savoir, Georges...

Ces sujets empruntés au brouhaha des villes, il dit les puiser dans « les malentendus et les failles du monde et des individus qui m’entourent pour en exposer la face la plus fragile ou vulnérable ». Puis l’esquisse passe à l’épreuve de la tablette graphique, qui lui permet de devenir un fichier numérique et donc une œuvre projetable et imprimable partout, sur tout support, ce qui amuse l’artiste. Il ajoute de la couleur et utilise l’impression jet d’encre et le papier photo pour créer des versions différentes de ses oeuvres. Variant, les dimensions, les couleurs, les encadrements, ce sont moins des séries numérotées que des multitudes d’impressions originales que réalise Sylvain Sorgato pour dessiner tout haut ce qu’il pense tout bas.


Illustrations :

Sylvain Sorgato

There are many points of view, 2008

encre numérique, dimensions variables


Back to the market, 2006

encre numérique, dimensions variables


Work for drugs for kids, 2009

encre numérique, dimensions variables


Is truth true?, 2007

encre numérique, dimensions variables



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