LOFT-ARTPLACE
27, rue des vinaigriers 75010 Paris

 

Edouard Prulhière

LIMBO


du 22 octobre au 26 janvier 2014

Limbo, 2013 (détail)
peinture murale

dimensions variables

S’il est possible de regarder, sinon de visiter, une peinture d’Edouard Prulhière, c’est que celui-ci en a fini avec la bataille et qu’il s’en est retiré, laissant désormais le champ libre pour le visiteur.
Parmi les figures emblématiques de la peinture qui serait vécue comme un acte de peindre, il y a bien sûr convoquée ici celle de Jackson Pollock. La peinture est « drippée », c’est-à-dire égouttée sur le support.  Edouard Prulhière procède d’une façon un peu différente : la peinture ruisselle depuis le sommet des murs qui limitent la galerie.
La peinture est un fluide, un peu comme l’auraient pu chanter les Frêres Jacques : « la peinture ça dégouline » et même ça en fiche partout, c’est incontrôlable, c’est à coup sûr la catastrophe.

mais on pourraît également recourir à celle de Paolo Ucello. La peinture est une bataille que l’artiste mène la lance à la main, au cœur du tableau.
Prulhière mène ses tableaux comme des batailles, en y engageant toutes ses forces, tout son corps (on peut noter avec humour aussi que Prulhière a besoin non seulement de ses mains et de ses bras pour peindre, mais également de ses jambes. Et toute cette énergie ne serait dépensée au service d’une seule question : à quoi cela peut-il bien servir de peindre?


    « L’art et la faim étaient donc voués l’un à l’autre dès l’origine, travaillés par les mêmes rêves d’abondance et de volupté. J’incline à croire que le premier peintre découvrit les propriétés colorantes de l’ocre en suçant un caillou pour tromper sa faim. Toute la journée il cracha des étoiles.

Ainsi peut-être commença l’aventure. »
In : Éric Chevillard, Préhistoires, les éditions de minuit, p. 146


Pour difficile qu’elle puisse être à nommer, justement, la peinture semble, souvent, procéder d’une urgence. Cette urgence que l’on reconnaît et qui garantit quelque chose de l’authenticité des intentions du peintre.
Il faudrait donc sinon trouver au moins pressentir, ce qu’il y a de tellement sérieux dans le regard de Jackson Pollock égouttant son pinceau. A quelle nécessité impérieuse cette peinture en actes répondrait-elle?
Le constat est sans appel : le monde est aujourd’hui quasiment recouvert de son image. C’est aujourd’hui un lieu commun que de rappeler que notre société est celle du spectacle de notre société, que les promesses de la publicité ont quasiment fini de recouvrir l’espace public et que l’économie virtuelle a absorbé quasiment toute l’économie réelle.
C’est dans ce contexte qu’il convient peut-être de situer la peinture telle qu’Edouard Prulihère l’envisage. La peinture est une expérience du réel, la peinture est les conséquences de l’acte de peindre. La peinture est à vivre comme l’expérience des conséquences d’un geste dans un espace.

Sylvain Sorgato

Limbo, 2013 (détail)
peinture murale

dimensions variables

Limbo, 2013 (détail)
peinture murale

dimensions variables

Limbo, 2013 (détail)
peinture murale

dimensions variables

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