Cy T., 2017
peinture acrylique sur photographie

11 x 15,5 cm

Sophie Chaintrier est le peintre de Vedute sur une couche de temps assez mince et qui est celle à laquelle on se réfère lorsque l’on dit «toujours»: il en a toujours été ainsi.

Il ne s’agit pas ici de Vedutisme au sens de la précision de la représentation en perspective de paysages urbains, pas de prospettiva pingendi, mais une pratique de la peinture figurative visant à produire les souvenirs tangibles de l'un de ces voyages dont on dit qu'ils forment la jeunesse.

Veni, vidi, vixit sum*.

Historiquement, les souvenirs rapportés du «grand tour», de ses étapes remarquables et édifiantes par les jeunes aristocrates du XVIIIe, fondent et forment cette tradition du souvenir par l'iconographie. Les cartes postales en étaient les rejetons frivoles et glacés, Whatsapp en est l'avatar le plus récent.


Ces peintures sont celles de la dernière page de l’Histoire qui s’est bien terminée (la bombe n'en fut pas l'issue pertinente), et qui raconte les classes moyennes parties en excursion dans les Alpes ensoleillées, parcourir les galeries de musées aux collections sophistiquées, se reposer aussi, dormir peut-être, partir un peu. Sophie Chaintrier repeint les images d’un monde duquel tout labeur a disparu, un monde de loisirs et de culture.Ces images peintes ont gardé de la tendresse pour une époque qui exprimait les distances en kilomètres, et qui produisit des archétypes que la contemporanéité peine encore à faire disparaître: la gare à sans doute encore un chef, et le wagon un restaurant.

Dans des cadres aux dimensions réduites l’artiste figure en saynètes à l’esthétique Kodacolor des souvenirs de loisirs qu’elle colorie ensuite intégralement, comme on post-produirait des souvenirs.
Si chacun sait ce que la mémoire doit à la photographie, quid alors de la mémoire produite par la photographie peinte? du souvenir d’une image recouverte par la peinture même? D'une surface recouverte d'une épaisseur? D'une représentation habillée d'une expérience?La mise en peinture de la représentation réalise le passage de l'objet au symbole et fait que trois bouts de papier dans un certain ordre assemblés peuvent devenir un objet mémoriel. Non plus une image, mais un symbole.


Le tableautin rapporté a valeur de trophée, il est la preuve tangible du périple, la garantie du voyage comme expérience marquant le seuil du passage à l'âge adulte, l'entrée dans le monde social. 
Rapporter un objet singulier comme preuve d'une expérience personnelle fondatrice, c'est ce que fait le collectionneur lorsqu'il revient de l'exposition avec sous le bras un trésor à partager.

Les peintures de Sophie Chaintrier nous rappellent la place et le rôle qui est celui de l'art dans la constitution de nos existences.

Sylvain Sorgato

* je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu.
 

Alpage et vache, 2017
peinture acrylique sur photographie

12 x 15,5 cm

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